Depuis 2016, ils manifestent régulièrement dans le cadre de leur campagne « Don’t Touch My Schengen » contre les contrôles aux frontières intérieures européennes, notamment lors de marches transfrontalières comme celle organisée en mars dernier à Kehl et Strasbourg : les Jeunes Européens – JEF Baden-Württemberg e.V.
Le jugement rendu par le tribunal administratif de Coblence a une nouvelle fois attiré l’attention de la JEF. Il y a deux jours, cette juridiction a estimé que les contrôles à la frontière germano-luxembourgeoise étaient contraires au droit européen.
« En tant que Jeunes Européens, nous rappelons depuis des années au gouvernement fédéral que les contrôles aux frontières au sein de l’espace Schengen sont illégaux. Il est encourageant de voir cette position confirmée une nouvelle fois par la justice. Dans le même temps, il est scandaleux que le gouvernement fédéral continue simplement comme avant malgré une situation juridique clairement établie », explique Sarah Reisinger, présidente régionale de la JEF Baden-Württemberg, dans un communiqué de presse.
À plusieurs reprises déjà, des tribunaux, comme le Tribunal administratif supérieur de Bavière, auraient constaté que les contrôles aux frontières mis en place depuis plusieurs années contreviennent au droit à la libre circulation ainsi qu’aux exceptions prévues par le Code frontières Schengen.
Sarah Reisinger critique le fait que le ministre fédéral de l’Intérieur Dobrindt maintienne ces contrôles malgré leurs « conséquences importantes pour les travailleurs transfrontaliers, l’économie des régions frontalières et les chaînes d’approvisionnement ».
Selon la présidente régionale de la JEF, les droits fondamentaux européens sont restreints depuis des années par ces contrôles. Elle plaide au contraire pour un « système d’asile juste et humain ». En tant que jeunes ayant grandi dans une Europe libre et sans frontières, ils refusent d’accepter ce recul.

Les contrôles aux frontières intérieures sont critiqués depuis leur mise en place. Photo : Ville de Kehl
Dans l’Ortenau également, à Kehl, des contrôles aux frontières avec la France sont en place. Outre les Jeunes Européens et les Verts de Kehl, le maire de la ville, Wolfram Britz, avait lui aussi critiqué cette mesure dès mai 2025.
Peu après le renforcement des contrôles aux frontières, initialement ordonnés en septembre 2024 par l’ancienne ministre fédérale de l’Intérieur Nancy Faeser (SPD) et prolongés par son successeur Dobrindt, il déclarait : « Nous avons le sentiment d’être ramenés à une époque que nous pensions depuis longtemps dépassée. Ces contrôles perturbent la vie de milliers de travailleurs transfrontaliers, d’élèves, ainsi que des familles des deux côtés du Rhin. »
En décembre 2025, Felix Neumann, musicien du groupe hip-hop franco-allemand Zweierpasch, avait également fait part de ses impressions concernant les contrôles aux frontières dans un entretien accordé à Ortenau Journal :
« On perd énormément de temps lorsqu’on veut aller de France en Allemagne. En voiture, il y a de longues files d’attente sur le pont, beaucoup d’immobilisation. Les tramways mettent également beaucoup plus longtemps. Au final, c’est une perte de temps considérable – et aussi un coup porté au cœur d’un travailleur transfrontalier. »
Selon Felix Neumann, les nombreuses relations développées au fil des années – les lignes de tramway, les manifestations communes, les institutions politiques, les beaux moments partagés et le travail en commun – souffrent considérablement de cette situation.
« Je connais plusieurs personnes qui ont démissionné parce que les trajets étaient devenus trop compliqués », expliquait-il alors. Il racontait également avoir été un jour abordé de manière « très brutale » par des policiers fédéraux alors qu’il filmait près de la frontière. Son téléphone lui aurait été confisqué et des vidéos supprimées. Finalement, les agents auraient voulu le retenir parce qu’il annonçait une discussion publique sur la frontière fermée.
Parmi les partisans des contrôles aux frontières figurent notamment la CDU et l’AfD. Mais selon Sarah Reisinger, les opposants à cette mesure se tournent désormais vers le tribunal administratif de Stuttgart après la décision de Coblence, qui ne concernait que les contrôles à la frontière germano-luxembourgeoise.
Une plainte concernant les contrôles aux frontières dans le Bade-Wurtemberg y est encore en attente de jugement. Par ailleurs, un porte-parole du ministère fédéral de l’Intérieur a annoncé au SWR que le gouvernement ferait appel de la décision du tribunal administratif de Coblence devant le tribunal administratif supérieur.

Manifestation des Jeunes Européens – JEF à Kehl en mars 2025. Photo : JEF
Jusqu’à présent, le gouvernement fédéral ne s’est toutefois pas senti obligé de modifier sa pratique en matière de contrôles aux frontières intérieures. Selon le professeur de droit Constantin Hruschka, expert des questions migratoires à la Evangelische Hochschule Freiburg, cette situation ne devrait pas évoluer rapidement.
Dans un entretien accordé à la rédaction juridique de l’ARD, il a exprimé l’espoir que le tribunal administratif supérieur de Rhénanie-Palatinat saisira la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Comme il s’agit d’une question relevant du droit européen, seule la CJUE pourrait apporter une clarification définitive au plus haut niveau juridictionnel.
Parallèlement au communiqué de presse de la JEF, la rédaction a également reçu une prise de position du parti Volt Baden-Württemberg, allant dans un sens similaire.
Volt se réfère en outre à une analyse d’Allianz Trade datant de septembre 2024, selon laquelle les contrôles aux frontières coûteraient chaque année 11,5 milliards d’euros à l’économie allemande.
Alors que Volt se définit comme un mouvement paneuropéen, les Jeunes Européens – JEF Baden-Württemberg e.V. sont une organisation de jeunesse pro-européenne, indépendante de tout parti politique et non confessionnelle. Ils défendent une Europe fédérale, unie dans la paix et la liberté, et font partie des Jeunes Fédéralistes Européens, présents dans 32 pays.
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