Il y a plusieurs années déjà, le journaliste culturel et musicien Jürgen Stark a eu l’idée de porter, depuis l’Ortenau, un regard allemand sur la scène musicale de Strasbourg et de l’Alsace. Il est ainsi allé « de l’autre côté du Rhin » à la rencontre des artistes et des acteurs culturels afin d’en rendre compte au public allemand. Cette initiative a donné naissance, dans la Mittelbadische Presse, à une série très remarquée consacrée à de nombreux artistes, projets musicaux et même au complexe système français de soutien à la création musicale.
Cette aventure journalistique renaît aujourd’hui dans Ortenau Journal. Grâce à l’expertise et aux nombreux contacts de notre chroniqueur culturel Jürgen Stark, cette série reprend vie dans le cadre de notre développement éditorial consacré à l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau. Pour ce premier épisode, direction les mythes du rock’n’roll avec Sergio Ebersoldt, figure incontournable de la scène musicale alsacienne.
Nous avons rencontré Sergio Ebersoldt à Ortenberg, en compagnie de sa manageuse Barbara Schofield. Il y a vingt-cinq ans, il fondait Les Chambords, un groupe qui sillonne depuis les routes sans relâche au rythme du rock’n’roll. L’occasion était idéale pour dresser son portrait. Avec leur rock des années 1950, Les Chambords semblent rouler sur une autoroute imaginaire au volant d’une Cadillac rose et turquoise, fidèle à leur devise : « All for the Love of Rock’n’Roll ».

Sergio Ebersoldt et Jürgen Stark. Foto: Barbara Schofield
Né le 6 juin 1962 à Strasbourg, Sergio Ebersoldt a grandi à Soufflenheim, où il a également effectué sa scolarité. Il s’est d’abord formé au métier de cuisinier. Sa vie l’a ensuite conduit pendant trois ans à Paris, puis deux ans en Espagne et trois ans en Sicile, avant de revenir régulièrement en France, notamment dans la région de Cannes.
Il a également tenté sa chance en Allemagne en ouvrant un restaurant à Ottenhöfen. Mais les horaires exigeants de la restauration, ainsi que sa vie de famille avec son épouse et leurs trois fils, l’ont amené à se reconvertir comme peintre en bâtiment, métier qu’il exerce encore aujourd’hui.
Parallèlement, sa véritable passion est toujours restée la musique. Lorsqu’il évoque Elvis Presley, il parle immédiatement du « King » avec un profond respect. Son classement personnel n’a jamais changé : « Jailhouse Rock » occupe toujours la première place. Les musiques de sa jeunesse – Carl Perkins, Eddy Cochran, Duane Eddy ou Vince Taylor – ne l’ont jamais quitté. Pour lui, il ne s’agit pas de nostalgie, mais d’une musique intemporelle. Philosophe à ses heures, il résume sa vision en une phrase : « La vie est petite, la mort est immense. »
Comme tant de Français, Sergio admirait également Johnny Hallyday, véritable monument national dont la voix a aussi traversé le Rhin jusqu’en Allemagne. Son parcours rappelle l’ampleur de l’histoire musicale dans laquelle s’inscrit cette aventure.
Le 14 mars 1960, Johnny Hallyday publie son premier 45 tours, « T’aimer follement ». La même année paraît également « Itsy bitsy, petit bikini », illustration parfaite d’une époque où les tubes franchissaient naturellement les frontières et les langues.
À l’origine, « Itsy Bitsy Teenie Weenie Yellow Polka Dot Bikini », écrit par Paul Vance et Lee Pockriss et interprété par Brian Hyland, devient un immense succès international.

En juillet 1960, Caterina Valente et son frère Silvio Francesco enregistrent une version allemande intitulée « Itsy Bitsy Teenie Weenie Honolulu-Strand-Bikini », dont les paroles sont signées Günter Loose. Le titre dépasse les 250 000 exemplaires vendus et atteint la première place des classements allemands.
Cette chanson connaîtra même une nouvelle vie en 1987 lorsque Die Toten Hosen, sous le nom de Die Roten Rosen, en enregistrent une version punk sur leur album « Never Mind The Hosen – Here’s Die Roten Rosen ».
Lorsque Sergio Ebersoldt fonde Les Chambords il y a vingt-cinq ans, c’est précisément cet esprit des débuts du rock’n’roll qu’il souhaite retrouver : la joie de vivre, les émotions adolescentes, l’amour, le romantisme et l’énergie de la jeunesse éternelle. Ce rock’n’roll qui, en Allemagne, fut popularisé notamment par Peter Kraus ou Drafi Deutscher.
Pour Sergio, une évidence s’impose : « Le rock’n’roll est une harmonie vécue. » Il y associe naturellement le rockabilly et le doo-wop. Mais il vaut mieux éviter de qualifier cette musique de « kitsch » en sa présence : sur ce sujet, il ne plaisante pas.

Le plus surprenant reste peut-être son admiration pour l’Allemagne : « Si j’ai le choix entre plusieurs concerts, je choisis toujours l’Allemagne. » Il parle avec enthousiasme des salles allemandes, du public et de l’atmosphère qu’il y retrouve. Une démonstration vivante de l’amitié franco-allemande, même si celle-ci semble parfois s’essouffler, y compris sur le Rhin supérieur. Des concerts dans l’Ortenau sont d’ailleurs prévus cette année.
Les Chambords traversent actuellement une période de réorganisation avec la recherche d’un nouveau guitariste, ce qui a conduit au report d’un concert prévu en mars à Ortenberg.
En attendant, il suffit de remettre la jukebox en marche, d’enfiler un perfecto ou un jupon vintage, d’écouter « Jump in My Car » de Chris Spedding et de méditer les paroles de Sergio Ebersoldt : « Le rock’n’roll est fait pour l’éternité. Je ne m’inquiète donc pas de son avenir. Mais on ne peut jouer cette musique que si elle vient de l’âme et du cœur. Il faut le vrai feeling et le groove. »
Le rock’n’roll ne fonctionne qu’avec authenticité. Sergio Ebersoldt en est convaincu. Il invite ainsi les amateurs de musique des deux côtés du Rhin à se tendre la main, à danser ensemble et à partager cet esprit positif dont notre époque a tant besoin. Car le rock’n’roll ne célèbre pas le fatalisme, mais la joie de vivre. Espérons donc retrouver bientôt Les Chambords sur les scènes de l’Ortenau.

Jürgen Stark, auteur et chroniqueur de l’Ortenau Journal
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