La « politique de la première personne », apparue au XXe siècle, était en quelque sorte le fil conducteur d’une cérémonie qui a rendu hommage ces jours-ci aux 70 ans de la Société franco-allemande (DFG) de Baden-Baden. L’objectif est de dépasser la frontière apparente entre la sphère privée et la sphère publique. La « première personne », c’est chaque individu, c’est toi et ton voisin.
La Fondation Grenke avait mis à disposition la salle des fêtes de la Maison de la Culture LA8, où Rudi Leonhardt, président de longue date de l’association, a accueilli près de 150 membres et amis.
Avec les associations amies de Freiburg et de Colmar, la DFG forme depuis douze ans le « Triangle ». Des manifestations communes et des visites réciproques permettent de faire vivre l’idée de l’amitié franco-allemande au-delà du Rhin. Le professeur Dr Rolf Jackisch (Freiburg) et Didier Rieber (Colmar) ont ainsi prononcé les deux premiers mots de bienvenue.
Alexander Wieland, premier adjoint au maire de Baden-Baden, a adressé ses félicitations au nom de la ville, du conseil municipal ainsi que du futur maire Thomas Jung, également présent parmi les invités.
Le consul général de la République française pour le Bade-Wurtemberg et directeur de l’Institut français de Stuttgart, Gaël de Maisonneuve, est resté bloqué dans les embouteillages sur l’A8. Après son arrivée, il n’a toutefois pas manqué l’occasion de remettre à Rudi Leonhardt et à sa vice-présidente française Claire Goldammer la médaille d’argent du Mérite pour le traité de l’Élysée.

(De gauche à droite) : le maire adjoint Alexander Wieland, Dr Stefan Seidendorf, Rudi Leonhardt, Dr Brigitte Klinkert, Claire Goldammer et Gaël de Maisonneuve devant un dessin de Tomi Ungerer.
Comme l’a expliqué le Dr Stefan Seidendorf, directeur adjoint et directeur général par intérim de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, le traité entre Konrad Adenauer et Charles de Gaulle signé en 1963 n’a pas été la toute première étape vers la réconciliation des deux peuples voisins, longtemps ennemis.
Son propre institut avait déjà été créé en 1948, donc avant même la fondation de la République fédérale d’Allemagne, afin de contribuer à construire un avenir commun et plus pacifique. Selon une anecdote souvent rapportée, Adenauer et de Gaulle auraient justement eu l’idée du traité de l’Élysée en 1962 à Baden-Baden, lors d’une partie de tennis « privée ». Ce traité constitue encore aujourd’hui le fondement de la coopération entre l’Allemagne et la France.
Le privé et le politique… s’étaient pourtant déjà rencontrés à Baden-Baden dès l’été 1945, par nécessité. À cette époque, 40 000 Français furent installés dans cette petite ville qui ne comptait alors qu’environ 30 000 habitants, car l’administration de la zone d’occupation française en Allemagne devait y prendre place, dans cette « capitale d’été de l’Europe » déjà marquée par l’influence française au cours des siècles précédents.
Cette situation entraîna forcément une grande proximité entre les habitants et les occupants, qui durent souvent partager cuisine et salle de bains dans les logements réquisitionnés.
Lorsque, à partir de 1952, un quartier spécifique destiné aux Français fut construit à Baden-Baden Oos, la « Cité », beaucoup d’anciens adversaires de guerre y virent une menace pour la fragile amitié qui s’était développée entre les deux groupes de population de Baden-Baden dans ces circonstances particulières.
C’est précisément pour cette raison que la Société franco-allemande de Baden-Baden fut créée en 1956. Elle compta par la suite jusqu’à 1 000 membres – des citoyens engagés à titre privé, dont la cohésion finit par devenir un véritable enjeu politique.

La médaille remise lors de la cérémonie. Photo : Marduk Buscher
Le discours officiel fut prononcé par Brigitte Klinkert, députée de l’Assemblée nationale française. Elle est également coprésidente française de l’Assemblée parlementaire franco-allemande, qui réunit 50 membres élus de chacun des deux parlements nationaux. Ceux-ci se retrouvent au moins deux fois par an lors d’une session plénière binationale.
Des groupes de travail élaborent en permanence des propositions visant à approfondir la coopération franco-allemande. À l’échelle internationale, cette institution est sans équivalent et considérée partout dans le monde comme un modèle unique.
Conformément à l’article 4 de l’accord de l’Élysée renouvelé en 2019, le « traité d’Aix-la-Chapelle », les deux gouvernements doivent prévoir, pour leurs législations respectives, des dispositions complémentaires prenant en compte la situation particulière des populations vivant de part et d’autre de la frontière.
Madame Klinkert s’est ainsi dite fière qu’une vingtaine des 55 propositions élaborées par son instance aient déjà été adoptées par le ministère compétent à Paris afin d’être concrétisées. Ces propositions concernent des sujets issus de la vie quotidienne des citoyens, notamment la formation, les transports et la santé.
Car la démocratie signifie aussi de transformer les préoccupations privées en enjeux politiques.
Le grand-père de Brigitte Klinkert, Joseph Rey, avait été condamné à mort pendant l’occupation nazie parce qu’il affirmait son attachement à la France en tant qu’Alsacien. Il survécut toutefois à cette période de détention et fut maire de Colmar de 1947 à 1977.
Cette histoire familiale et personnelle a profondément marqué Brigitte Klinkert. Elle l’a notamment poussée à s’engager en politique et à consacrer une attention particulière à la coexistence entre les habitants du pays de Bade et les Alsaciens dans la région du Rhin supérieur. Une amitié qui, compte tenu des guerres passées, revêt un caractère tout à fait exceptionnel, mais qui ne doit jamais être considérée comme acquise.

Moment convivial dans la salle des miroirs. Photo : Marduk Buscher
« L’amitié franco-allemande nécessite un entretien humble et constant », a résumé Brigitte Klinkert. Car l’Union européenne a besoin de cette amitié non seulement comme d’une réalité établie, mais comme d’un processus qui doit être continuellement développé afin que le « moteur de l’Europe » ne s’arrête jamais.
L’accompagnement musical de la cérémonie était assuré par un duo composé de Boriana Baleff au violon et d’Agata Rettberg à l’alto. Avant que les invités ne rejoignent la salle des miroirs pour un moment convivial autour des vins du Château Ollwiller et des amuse-bouches du restaurant « Rive gauche », Boriana Baleff a tenu à adresser ses félicitations au nom du Collège Quantz à l’occasion du 70e anniversaire de la DFG. Elle en est la directrice artistique, et cette institution célèbre également ses 70 ans cette année.
Dans le cadre de la coopération conclue il y a quelque temps entre la Société franco-allemande de Baden-Baden et le Club d’affaires franco-allemand du Rhin supérieur (CAFA RSO), il était naturel que ce club partenaire soit représenté lors de la cérémonie officielle par ses deux coprésidents, Norma Serpin et Axel Stabnau, ainsi que par son président d’honneur, le Dr Marduk Buscher.
La paix repose sur la compréhension mutuelle et sur l’amitié qui en découle. Elle est le résultat de l’engagement de nombreuses personnes agissant au quotidien, déterminées ensemble à faire vivre le « Plus jamais ça ! » dans leur environnement.
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